Prochains séminaires du réseau de chercheurs HESCALE

SÉMINAIRE NUMÉRIQUE DE RECHERCHE 2018-2019

HESCALE – Histoire, Économie, Sociologie des Cinémas d’Afrique et du Levant

AAC – Les études culturelles :

Enjeux, pistes et apports pour les recherches sur les cinémas d’Afrique et du Moyen-Orient

Les cinémas d’Afrique et du Moyen Orient quels que soient les périmètres nationaux, régionaux ou continentaux qu’on privilégie à un moment et dans une situation donnée, constituent un ensemble d’histoires et de contextes politiques, économiques, sociaux et culturels de « cinémas des petites nations » spécifiques (Hjort et Petrie 2008) qui n’ont jusqu’à très récemment pas rassemblé une communauté de chercheurs. Les études pourtant importantes déjà menées, parfois depuis un certain temps, sont restées des travaux isolés (comme par exemple, Sadoul 1966, Vieyra 1973, etc.). C’est encore plus le cas des nombreuses recherches effectuées dans les pays concernés et qui ne circulent guère au-delà des frontières, lorsqu’elles n’ont pas complètement disparu ! La circulation des savoirs et l’accès à ceux-ci demeure donc un enjeu fondamental.

Dans les recherches francophones, ce sont principalement les historiens qui ont renouvelé les questionnements autour du cinéma comme loisir, comme spectacle, la réception, les publics, etc. (Carlier 2013 ; Corriou 2011, 2013 ; Goerg 2015 ; Bouchard 2017), en s’attachant surtout à la période coloniale et postindépendance, ou des chercheurs en économie du cinéma (Forest 2011). Du côté anglophone, ce sont surtout les chercheurs dans les départements de langues et cultures francophones et dans les programmes d’études africaines et moyen-orientales qui ont contribué au développement des savoirs. Là encore, ce sont les films et leurs auteurs qui ont suscité le plus d’intérêt tandis que les questions liées à l’économie des films, leur circulation, les cultures de cinéma, les publics et la réception sont restées relativement marginales, mis à part les travaux nombreux consacrés aux festivals (Iordanova and Van de Peer 2014; Dovey 2015) et l’activité du réseau international Film Festival Research, comme ceux consacrés au cinéma transnational (Higbee 2014). Autre exception, l’industrie nigériane a suscité depuis deux décennies des travaux très stimulants (Haynes 2000, 2011, 2017 ; Barrot 2009 ; Krings and Okome, 2013), trop communément nommée Nollywood (Jedlowski 2011), avec une production à bas coût de films de divertissement qui ont irrigué les marchés locaux, nationaux, régionaux, diasporiques, mais aussi fait des émules comme au Ghana ou en Côte d’Ivoire. Nous pourrions évoquer les nouveaux développements concernant le développement ex-nihilo de nouvelles industries du cinéma dans les pays du Golfe (Mingant, à paraître) ou la circulation des films en Afrique et au Moyen Orient (Benchenna et al. 2016).

Les lieux de production et les réseaux de la circulation des films, les nouveaux formats privilégiés, nous imposent de sortir des cadres de la construction des savoirs qui faisaient des cinémas nationaux (réduits aux films réalisés) des marqueurs des identités qu’elles soient nationales issues des nouvelles indépendances, ou interstitielles et diasporiques (Nacify 2001) d’autant que la pléthore s’est substituée à la rareté et que la place des productions locales ou régionales dans la consommation varie beaucoup. Une des ambitions du réseau HESCALE est de retourner le regard pour explorer non pas tant les contenus des films que s’intéresser aux filières et aux acteurs, à la façon dont les films sont faits et vus, la façon dont ils circulent et sont reçus dans les pays et régions concernés.

Dans le cadre du séminaire de recherche, nous aimerions cette année poser la question des enjeux, des pistes et des apports potentiels des approches critiques et empiriques telles que les « cultural studies » et les « reception studies » qui ont considérablement renouvelé les questionnements concernant les cultures depuis les années quatre-vingts dans le monde anglophone (Hall, 1960, 1992 ; Appadurai, 1996) et francophone (Macé et Maigret, 2005, etc.) depuis « À la recherche du public », le premier numéro de revue consacré en France à ces approches (Dayan 1992). À travers la circulation et le questionnement croisé des discours, des rapports de pouvoir (postcolonial et gender studies), des représentations et des usages (De Certeau 1980), ces travaux ont permis d’interroger les hiérarchies, la capacité d’agir des acteurs, les modalités de la réception, etc.

Nous aimerions dresser cette année un premier bilan de la façon dont de telles approches ont pu modifier les objets et méthodes de recherches, en structurant différemment les hypothèses de départ et en légitimant de nouveaux champs de recherche. Dans le même temps, nous souhaiterions commencer à explorer les nouvelles pistes révélées par ces approches critiques et empiriques :

  • Enjeux politiques et culturels : La production et la circulation des savoirs demeurent en partie conditionnées par les aires linguistiques francophones et anglophones comme les disciplines dans lesquelles ceux-ci ont été développés (Caillé 2010). Les approches critiques et empiriques qui nous ont permis de reconceptualiser l’analyse, de repenser les hiérarchies culturelles et les usages, ont-elles été ou peuvent-elles être d’un quelconque apport dans le cadre des recherches ayant trait à la circulation et à la réception des films, aux cultures de cinéma, en Afrique et au Moyen Orient ?
  • Enjeux économiques : Comment rendre compte des circuits de diffusion et de distribution des films ? Comment interpréter ces données ? Comment établir un lien entre les modes de production des films et leur réception ?
  • Enjeux académiques : Où et comment les chercheurs et chercheuses qui travaillent sur ces questions sont-ils ou sont-elles formé.e.s ? Quels sont les objets, les questionnements, les démarches et les outils privilégiés ? Quelle méthodologie et terminologie mettre en place afin d’embrasser ces hybridations théoriques ?
Merci de soumettre une proposition de 300 mots, une courte bibliographie et une mini-bio avant le 15 octobre 2018 à patricia.caille@unistra.fr.

L’intervenant enregistrera sa communication (30 minutes) afin de la rendre publique une semaine avant la discussion, qui aura lieu par visioconférence le jeudi de 17h à 18h (heure de Strasbourg, France). Les auditeurs pourront faire parvenir leurs questions par courriel, avant la discussion.

Le calendrier prévisionnel est le suivant : 31 janvier, 28 mars, 23 mai, 5 juin 2019.

Organisateurs et modérateurs : Patricia Caillé (Université de Strasbourg, CREM EA 3476) et Vincent Bouchard (Indiana University – Bloomington)

BIBLIOGRAPHIE

Appadurai, Arjun, Modernity At Large: Cultural Dimensions of Globalization, Minneapolis, U of Minnesota Press, 1996.

Barrot, Pierre, NOLLYWOOD – Le Phénomène vidéo au Nigeria, Paris, L’Harmattan, 2005.

Benchenna, Abdelfettah, Patricia Caillé, and Nolwenn Mingant (dir.), La circulation des films: Afrique du Nord et Moyen Orient, Paris, L’Harmattan, 2016.

Caillé, Patricia, and Claude Forest, Regarder des films en Afriques, Villeneuve d’Ascq, Presses du Septentrion, 2017.

Caillé, Patricia, « A Tunisian Film Festival in Paris: Issues in Reception at the Intersection of French and Anglo-American Approaches to Cultural Analysis of the Diasporas », French Cultural Studies, Vol. 20, nº 2.

Carlier, Omar, « Le cinéma en Algérie à l’entre-deux-guerres : de la percée en ville européenne à l’émergence d’un public “indigène” », dans M. Corriou (dir.), Public et spectacle cinématographique en situation coloniale, Tunis, Cahiers du CERES, Hors-Série nº 5, 2012.

Corriou, Morgan, ‘Un nouveau loisir en situation coloniale : Le Cinéma Dans La Tunisie Du Protectorat (1896-1956)’ (Université de Paris 7, 2011) <http://www.theses.fr/2011PA070069> [accessed 21 April 2014]

Corriou, Morgan (dir.), Publics et spectacle cinématographique en situation coloniale, Tunis, Cahiers du CERES – Hors série nº  5, 2012.

Dayan, Daniel (dir.), « À la recherche du public », Hermès 10-11, 1992.

De Certeau, Michel, L’Invention du Quotidien. Vol. 1, Arts de Faire, Paris, Union générale d’éditions 10-18, 1980.

Diop, Papa Samba, Hans-Jürgen Lüsebrink, Ute Fendler (dir.), Littératures et sociétés africaines : regards comparatistes et perspectives interculturelles, Ed. G. Narr Verlag, Tübingen, 2001

Dovey, Lindiwe, Curating Africa in the Age of Film Festivals, New York and Basingstoke, Palgrave MacMillan, 2015.

Forest, Claude (dir.), « L’industrie du cinéma en Afrique », Afrique contemporaine, vol. 238, no. 2, 2011, pp. 59-73

Goerg, Odile, Fantomas sous les Tropiques: Aller au cinéma en Afrique coloniale, Paris, Vendemiaire, 2015.

Haynes, Jonathan, Nigerian Video Films, Ibadan : Kraft, 1997.

Haynes, Jonathan, “African Cinema and Nollywood: Contradictions”, Situations: Project of a Radical Imagination, 2011, Vol. 4, nº 11, p. 67-90.

Haynes Jonathan, Nollywood, The Creation of Nigerian Film Genres, Chicago University Press, 2016.

Higbee, Will and Song We Lim, “Concepts of transnational cinema: towards a critical transnationalism in film studies”, Transnational Cinemas, Vol. 1, 2010.

Hjort, Mette and Duncan Petrie (dir.), The Cinemas of Small Nations, Bloomington, Indiana University Press, 2008.

Iordanova, Dina and Stefanie Van de Peer (dir.), Film Festival Yearbook 6: Film Festivals and the Middle East, St Andrews, St Andrews Film Studies, 2014.

Jedlowski, Alessandro, “When the Nigerian video film industry became “Nollywood”: naming, branding and the transnational mobility”, Estudos Afro-Asiaticos, Vol. 33, nº 1-2-3, 2011.

Krings, Matthias and Onookome Okome (dir.), Global Nollywood: The transnational dimensions of an African video film industry, Bloomington IN, Indiana University Press, 2013.

Mingant, Nolwenn, « Entrer dans le monde du cinéma au XXIème siècle: Image Nation Abu Dhabi », Produire en/et Afriques, Villeneuve d’Ascq, Presses du Septentrion, à paraître.

Naficy, Hamid, An Accented Cinema: Exilic and Diasporic Filmmaking, Princeton, Princeton University Press, 2001.

Sadoul, Georges, Les cinémas des pays arabes, Beyrouth, Centre Interarabe du Cinéma et de la Télévision, 1966.

Vieyra, Paulin Soumanou, Le cinéma africain des origines à 1973, Paris, Présence africaine, 1973.

 

 

DIGITAL RESEARCH SEMINAR 2018-2019

HESCALE, History, Economy, Sociology of Cinema in Africa and the Levant

CFP: Cultural Studies:

Issues, avenues, and contributions to research   on African and Middle Eastern Cinemas

 

African and Middle Eastern Cinemas, despite their shifting national, regional, or continental definition, represent a collection of political, economic, social, and cultural contexts of specific ‘cinemas of small nations’ (Hjort et Petrie, 2008) that have only recently attracted scholars’ attention. The few important studies that have been carried out have remained isolated, such as the studies by Sadoul (1966) and Vieyra (1973). This situation is even more pronounced with respect to the numerous studies that have taken place in the countries in question, studies which rarely circulate beyond their borders, and often simply disappear. Thus, the circulation of knowledge and research about cinema in these regions is of fundamental importance and must be addressed.

Within French (and often French-speaking) academia, historians have been the principle motor for renewed investigations into cinema audiences, reception, and the role of film and cinema as a pastime and spectacle (Carlier 2013; Corriou 2011, 2013 ; Goerg 2015 ; Bouchard 2017). Most of these studies predominantly focus on the colonial and post-independence periods or on the economy of cinema (Forest 2011). The Anglophone scholars who have contributed to this area are predominantly in language and culture departments, in Francophone as well as African and Middle Eastern studies. Apart from the lively academic conversation around film festivals (Iordanova and Van de Peer 2014; Dovey 2015) and the international network Film Festival research as well as the around issues of transnational cinemas (Highbee 2010), their contributions mainly relate to specific films and filmmakers, marginalizing questions related to the economy, circulation, and reception of film, as well as its audiences and broader cinema culture. Another notable exception to the marginalization of such issues in African and Middle Eastern film studies is the stimulating research surrounding the Nigerian film industry, known as Nollywood, over the last two decades (Haynes 2000, 2011, 2017; Barrot 2009; Krings and Okome, 2013). Nollywood’s low-cost entertainment films have inundated the local, national, regional and diaspora markets but have also been emulated in countries such as Ghana and the Ivory Coast. One example would be the research concerning the ex-nihilo growth of new film industries in the Gulf (Mingant, forthcoming) and the circulation of films across Africa and the Middle East (Benchenna et al. 2016).

If we want to study the sites of production, circulation networks, and new formats of these cinemas, we need to look beyond the old frameworks of knowledge that prioritized national cinemas (reduced to completed films) as markers of national identity within newly independent countries, or interstitial, diasporic and exilic ones (Nacify 2001). This is especially true given that there is now a wide variety of practices and processes related to film production and consumption that are not confined within national borders. One of HESCALE’s ambitions is to turn our attention away from the content of these films and to look instead at the networks of production and distribution and their actors, to explore how films are made, seen, distributed, and appreciated in the countries and regions that make up Africa and the Middle East.

In the framework of a research seminar, this year we are examining issues through the lens of critical and empirical approaches, such as ‘cultural studies’ and ‘reception studies’ that have considerably renewed investigations of culture since the 1980s in Anglo-American research communities and beyond (Hall, 1960, 1992 ; Appadurai, 1996) and its proponents in French academia (Macé et Maigret, 2005, etc.) since « À la recherche du public, » the first issue of a French journal dedicated to these approaches (Dayan 1992). Intersecting this line of questioning are issues of power (postcolonial and gender studies) representation, and uses (De Certeau 1980) which allow us to critically examine hierarchies, individual agency, modes of reception, etc.

This year, we will assess how these approaches modify the objects and methods of research, while laying the foundation for new hypotheses and points of departure for future investigations. We will also explore the new avenues of research put in place by these critical, empirical approaches:

  • Political and cultural issues: Different approaches in the production of knowledge circulate within the disciplines and within the linguistic areas they come from (French-speaking vs. English-speaking academia) (Caillé 2010). Critical and empirical approaches that have become prevalent in Anglophone areas and beyond, have allowed us to reconceptualise cultural analysis, to rethink cultural hierarchies and the uses of cultural productions, etc. Have they contributed and can they contribute to research about film culture, and the circulation and reception of films in Africa and the Middle East?
  • Economic issues: How should we analyse the networks of film circulation and distribution? How can we interpret this data? How can we establish a link between the modes of film production and its reception?
  • Academic issues: Where and how are scholars who work on these topics trained? What are their preferred objects of study and research tools? What methods and terminology should be introduced in order to take these theoretical hybridizations into account?

 

Please send a 300-word, a short bibliography, and brief bio to patricia.caille@unistra.fr by October 15, 2018.

Presenters are expected to send in a pre-recorded video with their presentation (about 30 minutes), one week ahead of the seminar. Discussions will take place virtually, through a videoconference, which will be held on Thursdays, from 5.00 pm to 6.00 pm (CET). Auditors will be able to send their comments and questions via email before the seminar.

Provisional seminar dates: January 31, March 28, May 23, and June 5, 2019.

Organisers & moderators: Patricia Caillé (Université de Strasbourg, CREM EA 3476) et Vincent Bouchard (Indiana University – Bloomington)

 

DIGITAL RESEARCH SEMINAR 2017-2018

HESCALE, History, Economy, Sociology of Cinema in Africa and the Levant

CFP – The Language of Film:

Production, Circulation, Issues

Language is at the heart of cinema. Providing clues to the cultural context of the creation of a film, language also determines the geographical paths of its circulation and the nature of its reception by audiences. It is, however, often taken for granted, and remains largely unquestioned, both by film professionals and academics. In 2017-2018, HESCALE’s digital seminar will be dedicated to the issue of the languages in which film in and from Africa and the Middle East are made and watched. In what languages are films shot, distributed and watched in Africa and the Middle East ? How do the languages spoken onscreen determine the distribution and the potential audience of a film ? How do they influence audience reception ? How do different stakeholders view the issue of languages: lawmakers, institutions, producers, distributors, translators, exhibitors, reviewers, and spectators ? A non-exhaustive list of topics to be explored is:

  • Legal and political issues: Since language is inherent to the nationality of a film, what are the stakes in the case of a co-production ? What are the legislations regulating the languages in which films are screened ? Since cinema is an element in identity building, what place do languages hold in national film policies ? How do policymakers consider the issue language, both in terms of censorship and beyond ?
  • Cultural issues: What is the link between identity-creation and production languages ? Do films convey the strong multilingual context in many countries of the area ? What languages are associated to cinema in the spectators’ minds (French, English, Arabic, Hindi, …) Is language always about improving circulation, or can it also be a factor of exclusion ? What has been the linguistic but also cultural role of live commentators ?
  • Economic issues: Which languages enable a film to improve its visibility and commercial success ? What are the different language strategies used by the different platforms: film festivals, commercial movie theatres, state television, satellite television, VOD…
  • Industrial issues: Who are the main players concerned with language issues ? And the historical players in dubbing and subtitling ? What translation practices exist and have existed ?
  • Technological issues: How does the existence of multiple platforms influence the languages in which film circulate ? How important are the new collective translation practices, such as fan sub and fandub ? Do they create new linguistic communities ? Do they create a new form of cinephilia ?

For further questions, contact Patricia Caillé: patricia.caille@unistra.fr

Presenters are expected to send a pre-recorded file with their presentation (about 20-30 minutes), ahead of the seminar. Discussions will take place through a videoconference during the seminar, which will be held on Thursdays, from 5.00pm to 6.00pm.